La cloche de Wall Street vient de sonner, le S&P 500 termine la semaine en hausse de 1,70%. Entre le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole, les résultats retentissants de Nvidia et un pétrole toujours suspendu aux tensions géopolitiques, les catalyseurs ne manquaient pas. Décryptons ensemble les moments forts qui ont rythmé cette semaine.
Le Meeting de Jackson Hole, qui s’est tenu du 27 au 29 août, a offert son lot de suspense avec la toute première intervention de Kevin Warsh en tant que président de la Fed, succédant à Jerome Powell depuis mai dernier. Officiellement consacré à l’innovation financière et aux paiements, l’événement était surtout scruté pour un seul enjeu : le cycle de hausse des taux est-il suspendu, ou définitivement terminé ?
Vendredi, Warsh a livré un message plus tranchant qu’attendu : “l’inflation reste trop élevée”, et la Fed pourrait devoir remonter ses taux dans les mois à venir. Cependant, si l’on se fie à l’outil FedWatch suite à son intervention de vendredi, la probabilité d’une hausse de taux de 25 points de base lors de la réunion du FOMC du 16 septembre est passée d’environ 35,5% la veille du discours à 57,5%.
Les résultats de l’emploi américain et du CPI début septembre seront à scruter.
Cette semaine Nvidia a une nouvelle fois pulvérisé les attentes. Le géant des puces IA a publié un chiffre d’affaires sur son deuxième trimestre fiscal, en hausse de 106% sur un an. C’est le 14eme trimestre consécutif que la société dépasse ses objectifs .
Jensen Huang a évoqué un véritable « point d’inflexion » pour l’IA, avec une base de clients qui s’élargit désormais à une multitude de labs et de startups. La direction anticipe une croissance de 70% ! pour l’année prochaine et précise que sa croissance est limitée par sa capacité à produire, pas par la demande.
La directrice financière de NVIDIA a annoncé que le capex des hyper scalers allait passer de 800 milliards à 1 300 milliards pour 2027. C’est donc un signal fort que les liquidités vont continuer de se déverser dans les fournisseurs d’infrastructures IA, un très bon signe pour le trade IA et les sociétés du secteur que nous avons en portefeuille !
En Europe le Brent (prix du pétrole de référence en Europe) évolue autour de 90 dollars, son prix reste soutenu, dû aux tensions géopolitiques mondiales ainsi que les tensions entre l’Ukraine et la Russie, Vladimir Poutine ayant évoqué l’échec des négociations et une possible intensification du conflit. Si celui-ci venait à attaquer les Pays-Baltes et donc indirectement les Mers du Nord, le cours du Brent pourrait s’envoler. Il sera donc à scruter dans les semaines qui viennent.
Au Moyen Orient un vaste plan de sanctions américain contre l’Iran a été présenté par Bessent (Secrétaire du Trésor américain) comme « la plus grande offensive financière jamais menée contre un adversaire ». Les avancées entre l’Iran et Oman sur un corridor maritime via le détroit d’Ormuz ont certes contribué à apaiser une partie de la prime de risque perçue par les marchés, mais le véritable indicateur à surveiller reste ailleurs : les primes d’assurance maritime pour le transit dans le détroit demeurent élevées, bien au-dessus de leur niveau d’avant-crise.
Les assureurs ne négocient pas avec l’espoir, ils tarifient le risque réel !
Les primes d’assurances sont un excellent indicateur pour comprendre l’intensité des tensions autour du détroit d’Ormuz. Elles s’élèvent aujourd’hui à 30 voire 40 fois leur niveau d’avant-crise. Concrètement, un tanker de 100 millions de dollars, qui payait environ 250 000 dollars par voyage avant les hostilités, doit désormais débourser entre 7,5 et 10 millions de dollars pour le même trajet. C’est ce chiffre-là qu’il faut regarder.
Les derniers mois nous ont montré qu’il vaut mieux se fier aux prix du risque qu’aux effets d’annonces diplomatiques : entre les cessez-le-feu annoncés puis rompus en quelques heures et les cadres de négociation qui n’ont jamais abouti, la région a accumulé les fausses accalmies. Tant que les primes ne se détendent pas réellement, le reste n’est que du bruit et le détroit reste concrètement fermé et les réserves stratégiques de pétrole aux Etats-Unis continuent de chuter comme vous pouvez le voir ci-dessous :
En conséquence, nous pensons qu’il faut garder une part élevée de notre portefeuille en énergie et notamment en pétrole. Vous pourrez découvrir notre sélection d’actions dans votre espace membre.
Coup de théâtre vendredi soir : Trump a annoncé un accord donnant aux États-Unis le contrôle majoritaire de plus de 65 milliards de barils de réserves prouvées au Venezuela, via une nouvelle société détenue à 55% par les intérêts américains sur des droits de développement de 100 ans. Cet accord place factuellement les Etats-Unis dans le top 5 des pays contrôlant les plus grandes réserves de pétrole au monde.
Le timing n’est pas anodin : la guerre en Iran atteint son sixième mois sans issue, les réserves stratégiques américaines sont tombées sous les 300 millions de barils début août, et la pression politique sur les prix à la pompe reste forte. Sans compter que l’annonce tombe à point nommé à l’approche des midterms de novembre, difficile de ne pas y voir un message adressé autant aux marchés qu’à l’électorat.
Mais l’enjeu réel dépasse largement la question des barils supplémentaires : le Venezuela exportait l’essentiel de son brut vers la Chine ces dernières années. En prenant le contrôle majoritaire de la production, Washington ne se contente pas de sécuriser une source d’approvisionnement, il coupe potentiellement l’accès de Pékin à l’un de ses fournisseurs stratégiques. C’est un coup géopolitique autant que énergétique.
Ce deal est un game changer de long terme pour les Etats-Unis, nous assistons à la création de la “Forteresse America” voulue par Trump. Cependant, construire les infrastructures nécessaires à l’exploitation du pétrole prend des années. Ce deal ne permettra pas de régler à court terme le problème des stocks de pétrole qui seront vides bien avant que ne soient exploités concrètement les puits au Venezuela.
Comme évoqué dans la deuxième partie, le flou entretenu par Warsh à Jackson Hole a renforcé les anticipations de hausse en septembre, ce qui a pesé sur le cours de l’or.
En effet l’or est inversément corrélé au dollar qui est la devise de réserve mondiale. Ainsi, les anticipations de hausses de taux ont fait monter le dollar puisque celui-ci devient plus rémunérateur que d’autres devises. Le dollar ayant progressé, l’or a logiquement baissé.
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