Semaine de forte correction pour les valeurs technologiques. Le S&P 500 (indice des 500 plus grandes entreprises américaines) recule de 1,9 % :
Le Nasdaq (indice dominé par la technologie) a quant à lui chuté de 4,5 % :
L’écart entre le S&P 500 et le Nasdaq montre une rotation sur laquelle nous reviendrons en détail dans la partie 2.
IA : des craintes sur le financement
Après le record du 6 octobre, les valeurs de l’IA ont décroché partout dans le monde. Mercredi, CoreWeave a perdu plus de 15 %. Ce spécialiste du cloud dédié à l’IA, un « néocloud », porte environ 50 milliards de dollars de dette. Oracle a reculé d’environ 9 %, AMD de près de 6 % et Nvidia de plus de 3 %.
Jeudi, la correction a gagné l’Asie. Le Kospi (Bourse de Séoul) a chuté de 7,6 %, avec SK Hynix à -11 % et Samsung à -9,5 %. Le Nikkei (Tokyo) a reculé de 4,9 %.
Vendredi, Goldman Sachs a indiqué que les fonds spéculatifs avaient vendu des valeurs de l’IA au deuxième rythme le plus rapide depuis plus d’un an, ce qu’elle qualifie de « rotation tactique ».
Plusieurs déclencheurs ont frappé en même temps, le principal étant l’inflation plus forte que prévu, dont nous parlons ci-dessous, qui risque de maintenir des taux d’intérêt élevés.
Ce qu’il faut noter est que ce n’est pas la demande qui est mise en cause. Jeudi, TSMC, premier fabricant mondial de puces, a publié un bénéfice record en hausse de 68,7 % sur un an. Il a aussi annoncé une prévision de chiffre d’affaires pour le quatrième trimestre nettement au-dessus des attentes, sans que son titre ne progresse.
La question a donc changé. Elle n’est plus « la demande d’IA est-elle réelle ? » mais « qui finance les centres de données, et à quel coût ? ». Avec un taux à 10 ans qui a frôlé 5,3 %, emprunter devient plus difficile.
Les valeurs de l’IA, qui avaient eu tendance à toutes progresser en même temps au printemps dans une sorte d’euphorie, sont maintenant à choisir avec précaution. Il y aura des gagnants et des perdants. Nous détenons par exemple un néocloud en portefeuille, concurrent de CoreWeave. Même s’il souffre actuellement comme l’ensemble des valeurs du secteur, notre action est toujours en hausse de 90 % en 2026 quand CoreWeave recule de 50 %, soit un écart de performance de 140 points. Nous n’avions pas choisi CoreWeave, justement à cause de sa structure de financement et de son endettement. Notre valeur n’est presque pas endettée et nous restons donc très sereins malgré la baisse.
L’inflation est sortie plus élevée que prévu
Mercredi, l’indice des prix à la consommation de septembre a été publié : il progresse de 0,6 % sur un mois et de 3,7 % sur un an, contre 3,6 % attendu. L’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie et l’alimentation, ressort à 2,6 %. L’essence a bondi de 9,1 % sur le mois et explique plus de la moitié de la hausse mensuelle.
Jeudi, l’indice des prix à la production de septembre a été publié et a lui aussi progressé à son rythme le plus élevé depuis 2022.
Ci-dessous, les probabilités actuelles de variation des taux de la Fed :
Même s’il est désormais presque certain que la Fed ne montera pas ses taux en octobre, il devient très probable de la voir les relever en décembre.
La pression sur les taux longs demeure. Nous restons sceptiques sur l’efficacité d’une hausse de taux face à un choc pétrolier. Relever les taux ne fait pas baisser le baril. Cela renchérit surtout le financement de l’économie, y compris celui de l’IA. Nous comprenons néanmoins que la Fed se trouve dans une situation délicate, et que la seule réelle solution à ce problème serait une fin des hostilités en Iran et en Ukraine, ce qui ne semble malheureusement pas pour tout de suite.
Sous la surface, une rotation positive
Comme évoqué dans la partie 1, l’écart de performance est important cette semaine entre le Nasdaq, composé des valeurs technologiques, à -4,5 %, le S&P 500, l’indice général, à -1,9 %, et surtout le Dow Jones, à +0,5 %.
Le Dow Jones est un indice général composé de l’ensemble des secteurs, comme le S&P 500. Il s’en distingue cependant par son mode de calcul. Le S&P 500 pondère chaque entreprise selon sa taille en Bourse, sa capitalisation. Le Dow Jones, lui, les pondère selon le prix de leur action. Une entreprise dont l’action vaut cher pèse donc davantage dans l’indice, même si elle est plus petite qu’une autre.
Le Dow Jones est donc bien moins soumis que le S&P 500 aux variations des géants technologiques. Résultat : il surperforme fortement le S&P 500 et surtout le Nasdaq ce mois-ci. Cela montre que les autres secteurs progressent en Bourse malgré la correction de l’IA.
Pour confirmer ce point, environ 43 % des actions du S&P 500 se négocient au-dessus de leur moyenne des 50 derniers jours, soit le double du début du mois, ce qui montre une nette amélioration de la situation pour les secteurs non technologiques.
La correction est donc moins inquiétante qu’elle n’en a l’air. Le marché n’est pas en train d’anticiper une récession, car toutes les valeurs chuteraient. Il est simplement en train de réévaluer son risque sur le secteur de l’IA.
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